02/05/2007

Les cent jours de solitude

   Trois jeunes moines tibétains, parvenus au bout de
leurs années d'apprentissage demandèrent à leur vieux
maître quelle était la dernière épreuve qu'il leur
réservait avant qu'ils puissent prétendre au nom de sages.
 
   Assis en tailleur dans la petite pièce où le maître
vivait reclus, les trois jeunes le virent apparaître
derrière la fumée des encensoirs et écoutèrent sans bruit
ce qu'il avait à leur dire.
 
   "Avant de pouvoir atteindre les cimes de la sagesse,
vous devrez apprendre à supporter la solitude. 100 jours
sans voir âme qui vive, seuls dans le désert.
 
   Il y a pour cela une seule méthode. A vous de la
découvrir."
 
   Le premier moine ne prit pas vraiment cette ultime
épreuve au sérieux. Il avait des raisons de croire qu'il
supporterait mieux que quiconque la solitude.
 
   "Solitude n'est qu'un mot se dit-il et il suffit que je
le répète assez longtemps pour ne plus en avoir peur."
Et il partit l'esprit tranquille dans le désert.
 
   Le second moine, qui était allé un peu plus loin dans
l'étude de la sagesse prit quelques précautions:
 
   "La solitude n'est pas qu'un vain mot, c'est une idée et
c'est cette idée qui est censée nous faire peur.
Je dois donc réfléchir encore et encore sur le
sens de la solitude pour ne plus la craindre."
 
   Il se plongea alors dans les livres et, au bout d'une
semaine de méditation, il se sentit prêt pour le désert.
 
   Le troisième moine, un jeune homme discret et perspicace
qui avait su interpréter les paroles du vieux sage et lire
entre les lignes des textes qu'on lui donnait à étudier, se
prépara d'une toute autre manière.
 
   Il annonça son départ bien avant les autres mais, avant
même de rejoindre le désert, il s'habitua à la solitude
en restant dans sa cellule  et en refusant les visites.
 
   Il apprit à ne pas prononcer un mot de la journée et
à se débrouiller seul, sans compter sur le secours d'autrui.
 
   Enfin, il partit pour le désert.
 
   Au bout de 100 jours, le vieux sage sortit de sa retraite et
scruta l'horizon. Il vit apparaître un seul moine. Le dernier à
être parti. Et le dernier à être rentré car les deux premiers
avaient échoué bien avant la fin de l'épreuve.
 
   Il accueillit son élève avec ces paroles:
 
   "C'est bien. Tu es le seul à avoir regardé la solitude
en face et à être entré en communion avec elle.
 
   Tu a compris ce qu'elle était en l'éprouvant et non en
la traitant de haut comme si elle n'était qu'un mot ou
une idée. Tu es désormais un sage car tu sais que pour
affronter nos peurs il nous faut non seulement affronter
l'opinion que nous avons de la chose, mais surtout la chose
directement. "
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   C'est vrai, notre peur de la solitude est causée par l'idée
que nous nous en faisons. La première étape pour affronter cette
crainte consiste à jeter un regard neuf sur ce dont nous croyons
avoir peur, à balayer tous nos préjugés.
 
   Mais le véritable progrès ne peut venir que d'un affrontement
direct avec la solitude. Les pensées et la réflexion sont
une aide précieuse mais c'est toujours l'acte et l'expérience
qui ont le dernier mot. 
 
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"On a assez remarqué que la peur est plus grande de loin et diminue quand on approche"
Alain
 

12:30 Écrit par Ruth dans contes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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