15/04/2007

Le bégaiement de Démosthène

   Le jeune Démosthène voulait devenir le maître de l'éloquence. Mais tout lui manquait : les connaissances, l'argent pour payer les rhéteurs, la santé pour travailler

de longues heures sur l'agora écrasée de soleil et surtout, surtout, une bonne diction, car il était désespérément bègue.

 

   Mais l'acharnement fait des miracles et Démosthène parvint à suivre les cours des plus fameux orateurs et philosophes. Il eut même le bonheur d'entendre le divin Platon exposer ses théories.

 

   Galvanisé par ses rencontres et ses lectures, le jeune homme ne tardât pas à monter à la tribune pour son premier discours… Mais quel fiasco !

 

   "Coupe tes phrases en 3, lui criait-on!"; "Pourquoi nous répète-tu 10 fois la même chose?"; "Plus fort, on

ne t'entends pas! Tu as la poitrine aussi faible qu'un soufflet de forge percé", se moquait la foule ingrate.

 

   Et Démosthène, dont l'émotion avait accentué les bégayements, sortit sous les sifflets.

 

   D'autres, plus habitués à la chance, se seraient certainement découragés. Mais le jeune homme savait que la vie est une suite de frustrations pour celui qui veut vivre sans apprendre la patience et la persévérance.

 

   "Je dois travailler mon style, se dit-il alors en rassemblant ce qui lui restait de courage".

 

   La rage le possédait de vaincre ses obstacles physiques et il mit les moyens au service de ses ambitions. Le lendemain, il se rasa la tête pour n'être pas tenté de sortir dans la rue, il se retira dans un caveau où il s'exerça des journées durant à l'abri du soleil et sans repères temporels.

 

   Le soir, lorsque le feu d'Hélios se faisait moins brûlant et que les figuiers odorants accueillaient les

cigales, Démosthène sortait et se lançait dans une course effrénée à travers champs tout en récitant ses discours à tue-tête pour gagner en souffle.

 

   Arrivé sur le rivage, il remplissait sa bouche de cailloux et mettait un stylet entre ses dents pour gêner

volontairement sa diction et se forcer à articuler sans bégayer. De retour chez lui, il se tenait des heures devant  son miroir pour soigner sa gestuelle et donner au moindre de

ses mouvements une valeur emphatique, solennelle, propre à

marquer les esprits.

 

   Des mois, des années passèrent avant que Démosthène ne reparut devant une assemblée de citoyens. Mais cette fois fut la bonne : il défendit avec un brio inégalé la cause d'un pauvre lampiste que ses enfants ingrats voulaient dépouiller.

 

   La foule se leva pour applaudir devant tant d'éloquence et Démosthène fut nommé ambassadeur de la Cité.

 

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   On donne souvent une trop grande importance à la chance et à la malchance et l'on oublie que la valeur d'un acte ou d'une personne n'a rien à voir avec le sort, qu'il soit bon

ou mauvais.

 

   De Démosthène qui a tout mis en œuvre pour réussir, doit-on dire qu'il est chanceux ? Non, ce serait infamant.

 

   Pourquoi souhaiter "Bonne chance" à celui qui a travaillé dur avant de passer son examen ? Chance et malchance ne dépendent pas de nous, mais la volonté, la persévérance, si!

 

  A celui qui réussit, on doit répondre : "C'est normal mon ami,

tu as mérité ce que tu as, tu récoltes le fruit de tes efforts."

 

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" L'erreur est humaine, la persévérance diabolique "

Sénèque

 

17:00 Écrit par Ruth dans contes | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Bojour ma douce settalla
pas beaucoup de monde reconnaisse que l'érreu est humaine!!
Poutant c'est bien réel
gros bisous
Sylvie

Écrit par : sylvie | 16/04/2007

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